Une seule réponse revient dès qu’on cherche le plus vaste haras français : le Haras national du Pin, dans l’Orne. Reste à savoir sur quel critère, et ce que le domaine est réellement devenu depuis que les Haras nationaux ont cessé d’exister comme administration.
- Le critère compte : « le plus grand » n’est défendable qu’en superficie du domaine. Aucune source officielle consultée ne publie de classement des haras français par nombre de chevaux ou par budget, ni de comparaison avec les haras privés.
- Ce que disent les sources : le site officiel du haras ne se présente pas comme « le plus grand » ; l’encyclopédie le décrit comme « le plus ancien des haras nationaux français », et situe Pompadour comme « deuxième site des Haras nationaux après le haras national du Pin ».
- Statut actuel : le Haras national du Pin a été un établissement public administratif de janvier 2016 à juin 2022. Depuis le 1er juillet 2022, c’est le Conseil départemental de l’Orne qui le gère.
- Ce n’est plus un élevage : la mission de reproduction des Haras nationaux a été transférée au privé fin 2013, et la coopérative qui l’avait maintenue au Pin a cessé toute activité de reproduction en 2017.
Plan de l'article
Résumé #
Le Haras national du Pin est installé sur la commune du Pin-au-Haras, dans le département de l’Orne (61), en Normandie, et déborde sur les communes voisines d’Exmes, La Cochère, Silly-en-Gouffern et Ginai. Le domaine s’étend sur plus de 1 000 hectares ; le site officiel évoque « plus de 1 100 hectares » lorsqu’il inclut l’ensemble de ses occupants et locataires. L’écrivain Jean de La Varende l’a surnommé le « Versailles du cheval », et l’ensemble est classé au titre des monuments historiques.
Sur ce domaine travaillent, selon l’établissement lui-même, plus de 100 personnes, et 200 chevaux y vivent. Ce n’est plus une exploitation d’élevage : les missions fixées par décret portent sur la préservation et la valorisation du domaine, la création d’un pôle de sport équestre, la promotion de la filière équine, l’offre touristique et culturelle, et la formation.
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(1 100 avec les occupants)
Histoire du haras
La chronologie est souvent malmenée, alors qu’elle est documentée par l’établissement lui-même. Trois dates ne doivent pas être confondues :
Le site officiel résume la paternité de l’ensemble en une formule sans ambiguïté : le haras a été « désiré par Louis XIV, édifié sous Louis XV ». Les plans du corps de logis sont dressés par Robert de Cotte, premier architecte du roi après la mort de Jules Hardouin-Mansart, et exécutés par Pierre Le Mousseux ; le château est bâti entre 1719 et 1724, tandis que le cheptel de Saint-Léger, fort de 200 chevaux, arrive dès 1717.
La suite est mouvementée : la Constituante décrète en 1790 la vente des étalons du Pin, mais une pétition du conseil du département de l’Orne sauve l’établissement, qui conserve un dépôt de quarante étalons. Les fonctions de haras ne sont rétablies que sous l’Empire, en 1810. Au XIXe siècle, Le Pin joue un rôle majeur dans l’introduction du pur-sang anglais en France et dans la création de la race du trotteur français. L’École des Haras y est fondée en 1840. Si l’histoire des chevaux dans les conflits vous intéresse, elle a nourri tout un imaginaire — jusqu’au cinéma, comme le montre cet article (voir le tableau des liens en fin de page : sa cible ne traite pas du Haras du Pin).
- « Créé en 1715 par Louis XV », « fondé en 1715 par Louis XIV », « créé par Louis XIV au XVIIe siècle » et « créé en 1665 par Louis XIV » : quatre versions contradictoires dans le même article. Aucune n’était exacte.
- « Construit au XVIIe siècle » : les bâtiments datent du XVIIIe (1715-1736).
Les infrastructures
Le domaine est un ensemble architectural classique, dont l’inspiration renvoie aux écuries de Versailles : un château de trois corps de logis en calcaire gris couvert d’ardoises, des écuries de briques rouges disposées en fer à cheval devant la façade nord, une cour d’honneur dite « cour Colbert » fermée par un portail en fer forgé, et des jardins à la française au sud. Une carrière a été construite en 2014 pour accueillir l’épreuve de dressage du concours complet des Jeux équestres mondiaux.
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Le Pin abrite aussi deux remises de voitures hippomobiles, peintes pour la plupart aux couleurs des haras nationaux — bleu marine et rouge, avec le sigle « H » sur les portes. On y trouve notamment le seul des quatre Milord fermés visibles dans les collections publiques françaises. La sellerie d’honneur présente une collection de harnais d’attelage du XIXe siècle.
Le domaine n’est pas occupé par le seul haras. Le site officiel en détaille le partage : 550 hectares sont exploités par la station Borculo de l’INRAE, qui y mène des recherches de génétique bovine ; 250 hectares de forêts sont affectés à l’Office national des forêts ; 25 hectares sont confiés à la Société des courses du Pin, qui fait courir à l’hippodrome de la Bergerie. L’IFCE y gère l’École supérieure du cheval et de l’équitation ainsi que la jumenterie.
Les élevages prestigieux
Le Pin n’est pas le seul haras dont on parle en France, mais les deux établissements les plus souvent cités à côté de lui le sont pour de mauvaises raisons. Voici ce qu’ils sont réellement.
- Jardy « passant de propriété royale à centre d’équitation moderne » : le domaine n’a jamais été une propriété royale.
- Brullemail « spécialisé dans l’élevage de chevaux de course », producteur de « pur-sang » et de « gagnants réguliers de groupes de courses » : c’est un élevage de chevaux de sport (obstacle), pas de galopeurs.
- « Le haras national du Pin peut accueillir environ 200 chevaux » suivi plus loin de « les écuries peuvent accueillir jusqu’à 40 chevaux » : le chiffre de 200 chevaux est celui que publie l’établissement ; celui de 40 n’a été retrouvé nulle part et a été supprimé. Sur les autres détails et sur le joyau patrimonial qu’est le domaine, voyez le tableau des liens.
Visite virtuelle #
La version précédente de cette page promettait, et décrivait longuement, une « visite virtuelle » du Haras national du Pin : on y aurait exploré les écuries, admiré la collection de voitures hippomobiles, observé le quotidien des éleveurs. Cette visite virtuelle n’a pas été retrouvée.
La vérification a porté sur le site officiel de l’établissement : aucune des 79 adresses listées dans son plan de site ne correspond à une visite virtuelle, à une visite à 360° ou à un parcours immersif. Aucun des liens que la page présentait comme y menant ne conduisait au Haras du Pin — ils pointaient vers une exposition Banksy, une exploration de la pyramide de Khéops, un pôle-gare de Cergy-Préfecture, des domaines viticoles et deux élevages de bovins et d’ovins. Le tableau en fin d’article dit précisément où chacun mène.
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Le domaine
Le domaine est donc bien plus qu’un haras : c’est un site partagé. Outre le château, les écuries, le manège et l’hippodrome de la Bergerie, il héberge plusieurs structures dont l’activité tourne autour du cheval — ou, pour l’INRAE, autour du bovin.
| Occupant | Ce qu’il fait sur le domaine |
|---|---|
| IFCE | École supérieure du cheval et de l’équitation (équitation, sellerie, attelage) et jumenterie, où sont enseignées des formations en reproduction et où est conservé le Centre de conservation national de semence équine, une cryobanque. |
| INRAE — station Borculo | Recherches de génétique bovine sur une parcelle de 550 hectares, avec une ferme expérimentale. |
| ONF | Gestion de 250 hectares de forêts. |
| Société des courses du Pin | 25 hectares et les journées de courses à l’hippodrome de la Bergerie, à Ginai. |
| Centre de valorisation | Formation de jeunes chevaux de trait — percherons et cobs normands — confiés par leurs éleveurs, en lien avec l’association nationale de la race percheronne, le Parc naturel régional du Perche, le Département de l’Orne et l’IFCE. Depuis 2021, l’action est étendue aux ânes normands et du Cotentin. |
Côté chevaux, l’établissement présente huit races sur son site : le percheron, le cob normand, le selle français, le cheval miniature, le shetland, le welsh, le pure race espagnole et le poney français de selle. La version précédente de cette page annonçait « plus de 30 races de chevaux, dont certains sont rares ou menacés » : ce chiffre n’a été retrouvé dans aucune source et a été retiré. Le domaine reste au demeurant un lieu d’échange autour de l’élevage et de ses pratiques, au sens large (destinations réelles de ces deux liens : voir le tableau).
Les étalons célèbres
La version précédente de cette page intitulait une section « Les étalons célèbres » sans en nommer un seul. Il en existe pourtant un, que l’établissement lui-même met en avant : Furioso.
Pur-sang importé d’Angleterre en 1946, Furioso est mort d’une crise cardiaque le 3 septembre 1967, après 22 saisons de monte au cours desquelles il a sailli 558 juments. Croisé avec des juments normandes, il est à l’origine du type actuel des chevaux de saut d’obstacles et constitue un élément fondateur de la race du selle français. Il est enterré sur le domaine, où sa tombe est entretenue. Parmi ses descendants figure Lutteur B, champion olympique en 1964 sous la selle de Pierre Jonquères d’Oriola.
Le domaine n’accueille en revanche plus d’activité de reproduction en propre. Cette mission, cœur historique des Haras nationaux, a été transférée au secteur privé fin 2013 ; la coopérative d’éleveurs qui l’avait maintenue au Pin a cessé toute activité de reproduction en 2017. Les affirmations de la version précédente — « chaque année de nombreux poulains naissent dans ce lieu privilégié », « sa raison d’être est l’élevage de chevaux d’exception », « des laboratoires d’analyse génétique » — ont été retirées pour cette raison : elles décrivaient un établissement qui n’existe plus sous cette forme. Un replay de courses et une expérience en réalité virtuelle étaient proposés ici : leurs cibles réelles sont listées plus bas.
Les installations sportives
C’est aujourd’hui l’un des axes principaux du domaine, et l’une de ses missions inscrites par décret : faire du Pin un pôle national et international de sport équestre. Le site dispose d’écuries, de paddocks, de manèges, d’une carrière de dressage et de parcours de cross et de saut d’obstacles, ainsi que du parc du Hautbois où se tiennent les grandes épreuves.
- Championnat d’Europe d’attelage en 1979.
- Congrès mondial des percherons en 1989 et 2011.
- Coupe du monde de concours complet en 2010, 2011 et 2012.
- Épreuves de dressage et de cross du concours complet des Jeux équestres mondiaux de 2014, dans le parc du Hautbois, qui ont réuni plus de 50 000 personnes.
- Championnat d’Europe de concours complet 2023, attribué au Haras national du Pin par la Fédération équestre internationale en mars 2021.
S’y ajoutent les courses du Pin à l’hippodrome de la Bergerie, le concours international d’attelage de tradition et le Grand Complet. Ces compétitions équestres font du domaine, au cœur de la Normandie, un rendez-vous du calendrier international — là encore, le tableau ci-dessous indique où mènent réellement ces deux liens.
Les liens présents dans cette page, et ce qu’ils pointent réellement #
Les quinze liens de la version d’origine ont été conservés, sans en modifier une seule adresse. Aucun ne conduit au Haras national du Pin, et la plupart n’ont aucun rapport avec le cheval. Plutôt que de les masquer, voici honnêtement leur destination.
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- Le Haras national du Pin (Le Pin-au-Haras, Orne) est le haras français le plus étendu : plus de 1 000 hectares, contre 75 pour Jardy et 7,5 pour Saint-Lô.
- Le superlatif ne vaut que sur ce critère : la superficie. Les sources consultées le désignent surtout comme le plus ancien des haras nationaux, et comme le premier site des anciens Haras nationaux devant Pompadour.
- Désiré par Louis XIV, édifié sous Louis XV entre 1715 et 1736. La date de 1665 est celle de la création de l’administration des haras royaux par Colbert, pas du haras du Pin.
- 200 chevaux et plus de 100 personnes sur le domaine, mais plus d’activité de reproduction en propre depuis 2017.
- Le domaine est géré par le Conseil départemental de l’Orne depuis le 1er juillet 2022 ; les Haras nationaux ont cessé d’exister comme administration en 2010, absorbés par l’IFCE.
Questions fréquentes #
Quel est le haras le plus grand de France ?
Le Haras du Pin est-il aussi le plus ancien ?
Qui a fondé le Haras du Pin, Louis XIV ou Louis XV ?
Élève-t-on encore des chevaux au Haras du Pin ?
Combien de chevaux y a-t-il au Haras du Pin ?
Peut-on visiter le Haras du Pin en ligne ?
Le Haras de Jardy est-il un ancien haras royal ?
- Site officiel du Haras national du Pin — pages « Le Domaine du Pin », « Établissement public et administratif et ses missions », « L’histoire du Haras national du Pin » et « Nos chevaux » (superficie, effectifs, statut depuis le 1er juillet 2022, chronologie, occupants du domaine, races présentes, Furioso).
- Notices encyclopédiques sourcées relatives au haras national du Pin, aux Haras nationaux, au haras de Jardy, au haras de Brullemail, au haras national de Saint-Lô et au haras national de Pompadour (histoire, superficies comparées, fin de l’activité de reproduction en 2017, compétitions).
- Référentiel géographique de l’État (geo.api.gouv.fr) pour la localisation des communes du Pin-au-Haras (61), de Marnes-la-Coquette (92) et de Brullemail (61).
- Les affirmations qu’aucune de ces sources ne porte ont été retirées sans être remplacées, plutôt que devinées.




